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Journal d'une harcelée

Une journée type au collège...

 

Il est six heures, la radio s'allume et laisse entendre les nombreux tubes du moment. Je ne l'éteins pas, à vrai dire je ne bouge pas non plus. Je sais comment cette journée va se passer et j'en ai déjà un mal de ventre atroce ainsi que la nausée qui s'en suit. Et si je trouvais une excuse ? J'ai mal au ventre après tout, j'ai peut-être de la fièvre aussi. Car si je vais au collège ainsi, je n'aurais personne pour me remonter si ça va trop mal vu que mes parents travaillent loin. Il faut que je trouve mais à quoi bon, je devrais y retourner en cours...

 

Six heures et demi, il serait temps que je me lève après avoir tant réfléchi. Je soulève péniblement ma couette comme si je portais quelque chose bien plus lourd. Elle semblait peser des tonnes tout comme mes jambes dont j'avais du mal à déplacer pour les faire basculer sur le bord du lit. J'étais enfin assisse, mes mains frottaient mon visage pour me réveiller mais mon corps n'avait qu'une envie, retomber. J'avais déjà peu de temps devant moi, je pris donc des vêtements rapidement et surtout une veste comme si j'allais me camoufler dedans. Allez, je vais finir de me préparer...

 

Les minutes avancent avant mon départ à sept heures pour aller à l'arrêt de bus. Il ne me reste plus que vingt minutes avant cette pénible journée qui m'attend. Et plus le temps passe, plus les maux se font ressentir. Je passe dans la salle de bain, brosser mes longs cheveux qui s’abîment jour après jour et m'asperger le visage d'eau. Direction la cuisine maintenant. Ma mère s'était levée pour me faire chauffer un bol de lait chocolaté qui était encore tiède le temps que j'arrive. Une petite brioche m'attendait à coté du bol sur la table de la cuisine.

 

Il me restait à peine une dizaine de minutes et je regardais le bol, assisse, les yeux fixés et l'envie de vomir interminable. Mais il était quasi l'heure de partir alors j’engouffrais la brioche dans ma bouche, l'avalant le plus vite possible et buvant qu'une gorgée avant de prendre mon sac. Mais je n'eus pas le temps d'atteindre la porte de la maison que je partais en courant vers les toilettes. J'avais si mal au ventre, tellement peur, tellement envie de pleurer, de partir loin que le peu que j'avais ingurgité venait de ressortir.

 

Je n'avais plus de temps, il me fallait donc courir après cela et arriver jusque l'arrêt de bus. Trois autres personnes attendaient déjà alors que j'arrivais essoufflée. Ils me regardaient, savaient qui j'étais et chuchotaient en riant. Je n'avais d'autres choix que d'attendre, regardant le sol, mes mains dans mes poches se serrant contre mon ventre qui me brûlait de l'intérieur. Et comme toujours, le bus mettait un temps fou pour arriver, ce qui ne m'aidait pas à me détendre.

 

Une fois arrivée, je montais dedans et je chercha une place où m'installer. Le bus du matin n'était pas bondé et je pouvais trouver un siège avec aucun voisin. Cela m'arrangeait au vu de comment ça se passait le soir. Le trajet n'allait durer que cinq petites minutes et encore. Mais je profitais au maximum de ces quelques minutes qui étaient sûrement les seules de la journée où je n'aurais aucun soucis. Je regardais le paysage où je rêvais d'être pour esquiver cette journée mais l'air de la ville et l'approche du lycée se faisait sentir. Le bus s'arrêta donc et je descendis. Les élèves n'étaient pas tous encore là au vu de l'heure avancée qu'il était encore pour l'ouverture des grilles. Peu importe où j'allais m'installer, il y aurait toujours des personnes pour me regarder et rire. J'essayais donc au maximum de me faire la plus petite.

 

Huit heures et la sonnerie retentit. Ca y est, le calvaire commence... Cours d'histoire, allons-y. En plus d'avoir une jeune professeur, celle-ci ne voyait pas ce qu'on lui faisait dans le dos, notamment l'encre envoyée sur son chemisier. Je riais pour suivre le rythme de la classe mais je n'avais qu'une envie, aller la voir pour lui dire sans jamais oser. Mais avant ça, il fallait entrer en cours. Pour s'amuser, les garçons entraient avant moi et m'enlevaient ma chaise ou la renversait. J'étais obligée de remettre en place devant leurs rires. Je ne savais pas si mes joues étaient rouges ou si on voyait mes yeux se remplir de larmes étant donné que je regardais le sol, mes cheveux me camouflant entièrement.

 

Une fois installée, le cours commença. Évidemment, j'étais la seule à avoir mon livre à ma tablée. A ma droite, une fille cherchait un stylo car le sien venait de fuir. Gentiment je lui proposais le mien mais me regardant en riant elle dit à voix haute : « Ah non, je ne veux pas ça, pas envie de tomber malade, t'es folle toi ! ». Qu'avais-je fait de mal ? Je voulais prêter un stylo, être gentille. Je me pencha vers ma table, fixant mon cahier et notant le cours qui continua...

 

Le cours se termina et d'autres commencèrent. Tous étaient pareil sans exception. Je subirais ce genre de pression toute la journée. Cours d'anglais où je vais recevoir des critiques car je met toujours la même sorte de gilets pour me cacher et où je vais avoir un énorme mal de ventre suite à l'annonce d'un oral surprise. Je finirais à l'infirmerie tellement je serais apeurée de devoir parler. Cours de mathématiques où je vais devoir passer au tableau devant les rires des autres élèves qui parlent en faisant semblant d'avoir un cheveu sur la langue. Cours de latin où je suis assisse derrière eux et où ils vont me nommer numéro un des filles les plus moches du monde. Et j'en passe...

 

J'avais de la chance, le midi un voisin récupérait les enfants du coin où j'habitais pour rentrer manger. Mais je ne m'entendais pas forcément avec eux. Une « amie » s'était moquée de la voiture de ce voisin et sa fille allait au collège aussi. Forcément, la faute a été rejetée sur moi, sa fille ne m'a pas épargnée et à chaque fois, j'avais le droit à des critiques soit le matin au bus, soit le midi pendant le trajet. Une fois à la maison, ma grand-mère préparait tout ce dont j'avais besoin, le repas était prêt, je n'avais qu'à m'installer et manger. Mais l'envie n'y était pas. Comme à mon habitude, je traînais devant la télé en essayant d'oublier mais le temps passait et je me forçais donc à nouveau. Les nausées étaient présentes encore et ma grand-mère me prenait dans ses bras pour me calmer. « Oh mamie, si tu savais comme j'ai peur d'y aller. J'aimerais tant rester ici près de toi... » me disait-je intérieurement.

 

L'après-midi se passa tout aussi mal que le matin. Mêmes réflexions, mêmes moqueries... Les profs me disaient que je ne travaillais pas assez mais le soir, travailler était trop dur car rien que de regarder mon sac me rappelait ce que je vivais au quotidien, un peu comme toutes mes affaires en fait. La fin de journée venue, on attendait sur le pont dans la cours le temps que notre bus arrive. Une fois de plus, j'étais dans mon coin à attendre.

 

Le pion présent nous fit signe que le bus était là. Tout un groupe partit le rejoindre. Encore un moment que je redoutais car il me fallait être dans les premiers montés. Pourquoi ? Car si j'avais le malheur de ne plus avoir deux sièges de libres, je me risquais encore à être poussée ou maltraitée. Et ce fut le cas. Le bus avait déjà des occupants et une fois arrivée, je n'avais d'autres choix que d'essayer de trouver une place. Cependant, l'un des garçons commença à dire de ne pas m'asseoir, que j'allais le rendre malade, que j'étais un sous-être pour rester polie. Puis d'autres continuèrent. Le bus démarra et j'étais encore debout. La pulsion de son départ me fit tomber mais le chauffeur fit mine de rien. Je trouva vainement une place au bord d'un siège qu'une fille accepta même si elle ne le voulait guère.

 

Une fois rentrée, les larmes voulaient sortir mais rien ne venait. En avais-je encore ? Ma grand-mère n'osait plus demander si la journée s'était bien passée, elle qui était si fière de voir sa petite fille parmi les meilleurs auparavant, elle voyait désormais rentrer une jeune fille anéantie et perdant tout espoir. Une jeune fille qui n'avait qu'une envie, arrêter ce massacre qu'elle subissait mais que personne ne voulait voir. Des gamineries ? Des enfantillages ? Je veux bien mais arrêtez, s'il vous plait, arrêtez... Je n'en peux plus, je ne ferais pas mes devoirs ce soir encore, je mangerais peu, je resterais dans ma chambre, sur mon lit à prier. Prier qui ? Qui pourrait m'aider à m'en sortir ? Si seulement demain était vraiment un nouveau jour...

 

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